Le Castellet, France, © Marva A. Barnett










Comment unir le fond et la forme

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Voici des parties des explications de texte de deux poèmes différents faits par des étudiants de FREN 332, accompagné par les poèmes dont on a écrit. Ces modèles servent à de bons exemples de comment expliquer l'interaction du fond et de la forme d'une strophe.

Parfum exotique

par Charles Baudelaire

Quand, les deux yeux fermés, en un soir chaud d'automne,
Je respire l'odeur de ton sein chaleureux,
Je vois se dérouler des rivages heureux
Qu'éblouissent les feux d'un soleil monotone ;

Une île paresseuse où la nature donne
Des arbres singuliers et des fruits savoureux ;
Des hommes dont le corps est mince et vigoureux,
Et des femmes dont l'oeil par sa franchise étonne.

Guidé par ton odeur vers de charmants climats,
Je vois un port rempli de voiles et de mâts
Encor tout fatigués par la vague marine,

Pendant que le parfum des verts tamariniers,
Qui circule dans l'air et m'enfle la narine,
Se mêle dans mon âme au chant des mariniers.

Analyse de la première strophe :
L'intrigue commence avec les cinq premiers mots: "Quand, les deux yeux fermés . . .". Une fois que ses yeux se ferment, le narrateur peut imaginer; ce soir, il peut imaginer l'odeur de cette femme, une odeur qui se mêle avec des images d'une plage chaude. Les émotions qui lui courent dans la tête le transportent à un autre temps et à un autre endroit. Les mots du premier vers sont très expressifs: "deux yeux fermés". La rime et la liaison de ces mots renforcent l'image d'un homme fatigué qui se ferme les yeux très lentement, et qui commence à rêver du passé. Les mots "respire" et "se dérouler" apporte de la motion aux vers (et par leurs sens et par la liquidité des /r/); comme cela, ils aident le lecteur à voir comment se sent le narrateur. La rime féminine entre "automne" et "monotone" est très douce, très calme, et riche. La riche rime masculine de "chaleureux" et "heureux" soutient bien le ton engagé et content de cette première strophe.


Mignonne, allons voir si la rose . . .

par Pierre Ronsard

A Cassandre

Mignonne, allons voir si la rose
Qui ce matin avoit desclose
Sa robe de pourpre au Soleil,
A point perdu ceste vesprée
Les plis de sa robe pourprée,
Et son teint au vostre pareil.

Las ! voyez comme en peu d'espace,
Mignonne, elle a dessus la place
Las ! las ses beautez laissé cheoir !
Ô vrayment marastre Nature,
Puis qu'une telle fleur ne dure
Que du matin jusques au soir !

Donc, si vous me croyez, mignonne,
Tandis que vostre âge fleuronne
En sa plus verte nouveauté,
Cueillez, cueillez vostre jeunesse :
Comme à ceste fleur la vieillesse
Fera ternir vostre beauté.

Analyse de la première strophe :
La forme de cette strophe contribue à illustrer la beauté de la rose. C'est dans le poème la strophe la plus poétique et la plus belle, surtout en ce qui concerne les sons des mots. Les liaisons (par exemple, "pourpre au soleil" [l. 3]) donnent au poème un sens de fluidité. Le fait que cette strophe n'est qu'une phrase la rend fluide aussi. L'assonance du son /o/ ("rose", "au", "déclose"), ainsi que les deux rimes féminines, aident aussi à rendre cette strophe poétique et plaisante à l'oreille, en effet musicale. La musicalité de la strophe est même plus importante parce qu'il s'agit ici d'une ode, un poème destiné à être chanté ou dit avec un accompagnement de la musique. Donc, la scansion aide Ronsard à créer la musique des mots qui expriment la beauté de la rose et, de manière implicite, de Cassandre.